ARTISTES AU MUSÉUM
Depuis quatre siècles, le Muséum national d’Histoire naturelle est à la fois un lieu de recherche, de transmission des savoirs…
Crédit image : Terre des Feux • Le Témoignage des Cendres| © Anais Tondeur
À l’heure où les records de chaleur se succèdent, où les sols et les écosystèmes sont fragilisés et où l’usage des pesticides continue d’interroger notre rapport au vivant, les plantes apparaissent comme des témoins silencieux des bouleversements de notre époque. Elles enregistrent les transformations de leur environnement, s’adaptent, disparaissent ou réapparaissent. Observer leur histoire revient alors à regarder autrement la nôtre.
Avec Les Sentinelles • Botanique des lisières glaciaires, Grégoire Eloy documente ainsi la fonte des glaciers du Vignemale, dans les Pyrénées, et l’apparition d’espèces végétales pionnières à mesure que la glace se retire. En collaboration avec le Conservatoire botanique national des Pyrénées et de Midi-Pyrénées, son travail s’intéresse à ce qui vient « après », aux formes de vie capables d’investir des milieux profondément transformés. La plante devient ici une sentinelle du changement climatique et de la capacité du vivant à se réinventer.
Chez Rinko Kawauchi, le végétal prend une dimension plus intime et symbolique. Dans une série d’œuvres Untitled, les fleurs deviennent des offrandes, des gestes de mémoire et de consolation face aux conflits. Là où les mots semblent parfois insuffisants, le geste d’offrir une fleur devient une manière de rendre hommage aux victimes et de maintenir une forme d’attention à l’autre.
Le travail de Rieko Koga invite quant à lui à ralentir. Avec In my Forest, la broderie accompagne le temps long du vivant, de la graine aux racines et jusqu’à la naissance du jardin. Le fil devient une manière de suivre les rythmes de croissance et de transformation, mais aussi de renouer avec une temporalité différente de celle, accélérée, de nos sociétés contemporaines.
Avec Terre des Feux • Le Témoignage des Cendres, Anaïs Tondeur s’intéresse à un autre visage du végétal : celui d’un organisme profondément perméable à son environnement. Dans la région de Naples, sur la « Terre des Feux », ses photographies abordent la contamination des plantes par les métaux lourds. Les végétaux deviennent alors les révélateurs des pollutions invisibles qui traversent les sols et les territoires, portant dans leurs tissus les traces des activités humaines.
Enfin, Jesse Wallace explore la relation entre végétal, lumière et temps. Dans Sans Titre (Pivoine), la plante est saisie comme une empreinte, entre mouvement perpétuel et désir humain de conserver, de fixer et de retenir. La photographie et la sculpture interrogent ainsi ce qui demeure d’un geste, d’une forme ou d’un instant face au caractère éphémère du vivant.
Réunissant photographie, peinture, broderie et sculpture, Au temps des plantes propose ainsi cinq manières de regarder le végétal : comme sentinelle, offrande, présence lente, trace de contamination ou empreinte du temps. L’exposition nous invite à déplacer notre regard et à considérer les plantes non plus comme un simple décor de nos existences, mais comme des formes de vie à part entière, porteuses d’histoires, de mémoire et de transformations.
En prêtant attention à leurs rythmes et à leurs métamorphoses, les œuvres réunies dans cette exposition ouvrent finalement une question essentielle : et si comprendre les plantes était aussi une manière de mieux comprendre le monde que nous sommes en train de transformer ?
INFORMATIONS :
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